| Paul Anka, charmeur toujours et les Casinos |
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Crooner un jour, charmeur toujours. Paul Anka pourrait sans mal s'attribuer cette devise. Le pimpant sexagénaire fait halte à Paris (pour un concert au Palais des Congrès), capitale d'un pays où il rencontra, entre autres, une femme - avec laquelle il eut trois filles - et une chanson de légende - le Comme d'habitude de Claude François, Jacques Revaux et Gilles Thibaut, qu'il adapta en My Way pour sa plus grande fortune.
a>Avec lui, le travail de promotion tourne à la démonstration, qu'il séduise un plateau télé en roucoulant une ballade, les yeux dans ceux de Carole Bouquet ; des journalistes régalés par ses anecdotes ; les employés de sa maison de disques ébahis par l'affabilité d'une star les invitant à partager bonnes tables et boîtes de nuit. Amie de plus de quarante ans, Régine, qui l'initia au Paris noctambule, confirme les atouts du chanteur francophile : "Ce n'est pas que du professionnalisme. Paul est quelqu'un de naturellement chaleureux. Cet homme d'affaires est un vrai généreux. Je me rappellerai toujours comment il avait mobilisé la scène du Caesar's Palace au profit de mon association, SOS-Drogue, à une époque où les concerts caritatifs n'étaient pas médiatisés comme aujourd'hui." Don de la nature ou preuve du "métier" de Paul Anka, cet art du sourire aura accompagné son habileté d'artisan polyvalent, qui lui a permis de devenir, d'après le magazine Billboard, le seul artiste à avoir placé au moins un disque dans le top 50 nord-américain, lors de chacune des six dernières décennies. Dernière preuve de cette longévité, un nouvel album, Rock Swings, qui voit le chanteur de charme canadien adapter sur le mode du swing et du grand orchestre une poignée de standards rock des années 1980 et 1990. Avec élégance et un sens astucieux du décalage, l'icône de Las Vegas, en grande forme vocale, s'approprie aussi bien un hymne grunge comme Smells Like Teen Spirit de Nirvana, un hit dance des Pet Shop Boys (It's a Sin) que le hard-rock de Van Halen (Jump). "J'ai essayé d'interpréter ces chansons comme si je les avais écrites, raconte Paul Anka. En tant qu'auteur-compositeur, je peux plus facilement rentrer au coeur d'un morceau, évaluer sa substance." Pour ceux qui le taxeraient un peu rapidement de jeunisme, rappelons que loin d'ignorer les bases du rock'n'roll, Paul Anka en fut l'un des pionniers. Saisi par la fièvre du rhythm'n'blues noir américain, fan transi de Fats Domino, ce fils de restaurateurs libanais installés à Ottawa, la capitale canadienne, révéla très précocement ses talents d'auteur et de musicien. Il n'avait que 16 ans, en 1957, quand son deuxième 45 tours, Diana, fit le tour du monde (10 millions d'exemplaires vendus). Une succession d'autres ritournelles sentimentales - You Are My Destiny, Puppy Love, Lonely Boy - imposeront comme "teen idol" ce petit bonhomme légèrement rondouillard. Loin du sex-appeal rebelle d'Elvis, de la frénésie de Jerry Lee Lewis ou de Little Richard, il incarne alors la version sage et bien peignée du rock'n'roll. Ce qui ne l'empêcha pas de tourner avec les vedettes du genre, d'écrire un tube pour Buddy Holly (It doesn't matter anymore) et de collectionner les admirateurs outre-Atlantique. "A la fin des années 1950, se souvient le compositeur de Comme d'habitude, Jacques Revaux, je chantais tous les dimanches au fan-club Paul Anka de Paris, sur les grands boulevards, souvent en compagnie d'un débutant nommé Jean-Philippe Smet." "J'ai énormément de respect pour lui, confirme Johnny Hallyday. Quand j'avais 15 ans, je dansais sur Diana ou sur Put Your Head On My Shoulder avec ma petite amie de l'époque." Contrairement à la majorité des pionniers du rock, Paul Anka va survivre à cette première flambée. "Beaucoup d'entre eux ont creusé un style et sont restés collés à leur image, analyse l'intéressé, je n'avais pas de style très précis, je ne vendais pas un look. Mon point fort, c'était l'éclectisme de mon écriture. J'écrivais des histoires, des poèmes, que j'ai convertis en chansons pour plaire aux filles." Las Vegas sera une étape-clé de son évolution. "Je savais que ça n'allait pas durer, que les Beatles allaient prendre notre place. Je n'allais pas rester un gamin toute ma vie. Je voyais ces gars de Las Vegas, - Sinatra, Sammy Davis - tellement cool... Je me suis dit : pourquoi pas devenir comme eux ?" Petit à petit, l'idole des jeunes intégrera le circuit des palaces et des casinos, tenus alors par la Mafia, rodant un autre type de répertoire, jusqu'à enfin approcher ceux qui le faisaient rêver. "Je suis devenu leur ami en apprenant à garder mes distances, quand, par exemple, Sinatra était avec Marilyn Monroe." Toujours sous contrat avec les plus grands casinos de Las Vegas ou Atlantic City, en gala dans le monde près de cent cinquante jours par an, Paul Anka est nostalgique du vrai glamour. "C'était une petite communauté. Les spectacles dans ces lieux étaient des événements. Les femmes sortaient leur plus belle garde-robe. Aujourd'hui, les gens vont à Vegas comme à Disneyland." Perfectionniste, auteur prolifique, le crooner animera son propre show télé, écrira pour Tom Jones comme pour Sylvie Vartan, composera des musiques de film (Le Jour le plus long). Au coeur de cette carrière, son adaptation du tube de Claude François le fit changer de statut. On ne résiste pas au plaisir de lui demander l'histoire de My Way, que Frank Sinatra considéra un jour comme "l'hymne américain", enregistré depuis par plus de deux mille interprètes. "J'étais en vacances à Mougins quand j'ai entendu, pour la première fois, Comme d'habitude à la radio. J'ai tout de suite senti que cette chanson possédait un truc. Quelques mois plus tard, je dînais avec Frank Sinatra, qui m'annonça : "Kid, j'enregistre un dernier disque et j'arrête le show-biz." J'étais choqué, à l'époque Frank était harcelé par le FBI. De retour à New York le soir même, j'ai ressorti de mes tiroirs cette mélodie en me demandant ce qu'écrirait ce Sinatra à l'aube de la retraite. And so the end is near, and so I face the final curtain... Dehors l'orage tonnait, j'étais comme en transes, j'en prenais même l'accent italo-américain. A 5 heures du matin, j'avais terminé. Quelques mois après, je reçois un coup de fil de Sinatra sortant du studio : "Kid, écoute ça." J'ai entendu au téléphone My Way chanté par "the Voice", et je me suis mis à pleurer." Stéphane Davet |
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| Last Updated ( Saturday, 05 February 2011 ) |
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